Dossier : La culture au 3ème millénaire


Promis hier à quelque twittos, voici mon point de vu concernant le téléchargement illégal, la culture et les conséquences de l’un sur l’autre, J’ai voulu faire ce dossier assez rapidement pour être au plus près de l’actualité, j’ai pu oublier des points. Bonne lecture.

Préambule, but du dossier, contexte :
Les propos qui suivront n’engagent que moi et je ne prétends pas édicter des vérités absolues. Je tenais à exposer mon idée de la culture d’aujourd’hui  afin de réagir aux remous médiatiques de ces derniers jours. Cet article me permet d’apporter une réponse à 2 choses, la tribune de François Hollande dans Le Monde d’une part et mon malheureux tweet en réponse à la polémique Alexandre Astier :
Ce après quoi je me suis fait tailler un petit costar :
Je vais vous énoncer les problématiques et des solutions que j’estime bonnes, concernant le phénomène de téléchargement illégal de contenu culturel. Je ne parlerais pas de vol car, pour moi, le vol implique un vide un manque, une disparition de l’original. Dans le cas du téléchargement illégal, on parle de copie, et j’insiste sur la notion de copie, échangée sans rémunération des « ayant-droits ». On est plus dans le cas d’une contrefaçon que d’un vol.
Deux analogies peuvent être faites. Le téléchargement illégal gratuit se rapproche des pratiques d’il y a 10 – 15 ans lorsque l’on copiait film et musique sur des casettes audio ou vidéo. Le téléchargement illégal payant, est proche de la contrefaçon pratiquée sur les produits de luxe vendus à la sauvette à prix dérisoire.
Au siècle dernier, les échanges de copies privées (casette prêtée) et contrefaçons frauduleuses (casette vendue), n’étaient pas quantifiables ou difficilement, aujourd’hui grâce aux outils d’analyse statistique de bande passante, les « ayant-droits » peuvent se faire une idée précise de leur manque à gagner.

Problématique des acteurs et créateurs du monde culturel :
Pour un musicien, un comédien, un réalisateur, un producteur, l’objectif est relativement simple, créer une œuvre artistique. Cette œuvre à un coût, et les frais engagés sont avancés par différentes entités comme les studios de production (20th Century fox, Columbia, Paramount etc.) et d’autres organismes non commerciaux comme le CNC en France, qui subventionne la production de films. Pour rentrer dans leur frais et gagner de l’argent, le film (par exemple) doit être distribué. Ainsi vous le retrouverez dans différentes salles de cinéma, puis en DVD, en Blu-Ray, en VOD et enfin à la télévision. Si le film remporte suffisamment de succès, il peut engranger plusieurs fois son budget de production.
Depuis le début des années 2000, le marché du cinéma est le plus profitable après celui des jeux vidéos (210 millions d’entrées en Frances en 2011, meilleur score depuis 45ans) Le marché de la musique se porte bien aussi mais vit une transition dans ses sources de revenus où le live a pris le dessus sur les ventes de musiques (Le CD baisse continuellement, mais la vente de mp3 se porte bien). Le live est devenu la nouvelle source de revenus des artistes, ce que je trouve plus sain car le public se rapproche de l’artiste là où un mp3 reste impersonnel. Notons aussi le modèle d’abonnement de musique illimité qui progresse, Spotify annonçait la barre des 3 millions d’abonnés payants franchie en ce début 2012.
Entre un cinéma qui ne s’est jamais aussi bien porté, et une musique en pleine renaissance il demeure un marché sensible en Europe du moins, (où l’excellent service Netflix est indisponible dans une majorité de pays) c’est le marchée des séries TV. Ce dernier pâtit le plus du téléchargement illégal même si les producteurs et distributeurs essaient de contrecarrer la tendance en proposant les séries US le lendemain de leur diffusion aux USA, et en proposant des service de « catch-up » TV (M6 replay, pluzz.fr, myTF1)

Problématique des consommateurs en 2012 :
La grande majorité des consommateurs, à l’exception des irréductibles qui cherchent à ne rien payer, cherche avant tout la facilité et restent client des cinémas, ces concerts ou des jeux-vidéos.
Le téléchargement illégal s’est d’abord développé avec le peer-2-peer, qui permet de partager gratuitement des fichiers, suite aux premières vagues de sensibilisation vis à vis de la vulnérabilité du peer-2-peer face aux systèmes de surveillance, nombre de clients se sont tournés vers des solutions de téléchargement illégal payantes. Oui on ne parle pas de téléchargement gratuit, mais de téléchargement illégal payant. J’inclus ici les services de direct-download, de streaming, les newsgroups, et dans un registre plus particulier, les trackers de torrent privés. Depuis la chute de Mégaupload, il est acquis que des gens payaient chaque mois une somme pour avoir du contenu en illimité.
Soyons clair, les prix affichés étaient largement sous évalués vis à vis de l’offre, mais il faut voir que les gens était prêts à payer. Alors qu’est-ce qui ne va pas avec l’offre légale ? Le problème est  simple, elle est moins performante que l’offre illégale. Voyons quelques exemples.
Tout d’abord, les Séries, 3€ par épisode en haute définition, si vous suivez disons 10 séries sur une année de 13 épisodes chacune, il vous en coutera 390€ par ans, 32,5€ par mois rien que pour les séries. Il est aisément concevable que certains préfèrent mettre cette somme dans de la viande ou de l’essence.
Admettons que vous êtes aussi un peu cinéphile et audiophile, et vous vous achetez 2 Blu-Ray à 20 € par mois et 3 CD à 13€, aux prix fort car vous aimez la nouveauté, et vous avez pour 79€ par mois, soit 948 € par an.
Comme vous aimez la lecture, vous vous achetez aussi pour 23€ de lecture par mois (1 livre ou deux bandes dessinées)
Comme vous aimez le grand spectacle vous vous payez 16€ de cinéma dans le mois ; Tout compte fait, vous vous retrouvez avec une facture, culturelle de 150€,5 par mois ou 1806€ par an.
Cet usage pourrait tout à fait être le mien, étudiant, 18 ans, hyper connecté, donc au courant de toutes les sorties cinéma, musicales et télévisée.
Autre exemple, celui du Blu-Ray (je tiens à dire que j’en achète régulièrement). Du côté illégal, vous téléchargez un film en .mkv avec les pistes VO/VF les sous-titres qui vous conviennent, le fichier est lisible sur tout type de support (ordinateur, téléphone, tablette, TV), le Blu-Ray, sauf à le ripper, vous inflige, des publicités, des bandes annonces, des spots de sensibilisation au téléchargement illégal, alors que vous avez acheté le disque, et n’est lisible qu’avec un lecteur Blu-ray. Essayez de lire un Blu-ray sur un PC, sans logiciel vendu à part, et sans écran HDCP, vous n’y arriverez pas. Et bien sûr, le film est lié au disque (pour la tablette, le téléphone ou le disque dur multimédia, on oublie).
Cette analyse est aussi valable pour les séries TV achetées sur iTunes ou autre, qui sont remplies de verrous numériques (et ce n’est pas prêt de s’arrêter), là ou les séries téléchargées illégalement sont lisibles partout sans limite.
Ajoutons enfin le cas des séries et films, qui ne sont tout simplement pas distribués en France et qui ne sont pas disponible par une autre alternative que grâce au téléchargement illégal. C’est, je pense, dans ces cas précis que le téléchargement illégal se justifie car il devient la seule porte d’accès sur un contenu. C’est cette éventualité qui m’a fait réagir aux propos de M. Astier qui lui préfère attendre l’éventualité d’une disponibilité en France. Pour illustrer cet exemple, on peut citer le film Scott Pilgrim Versus the World, sortit au cinéma en France après la sortie Blu-Ray à l’étranger.
Nous avons pu voir 3 problèmes majeurs vis à vis de l’offre légale, le premier est le prix, le second est l’ergonomie et enfin un problème de frontières géographiques. 3 défauts qui ne peuvent que faire pencher la balance en faveur du téléchargement illégal, qui rappelons le n’est pas du vol, quand vous voulez du pain il est plus facile de l’acheter que de prendre des risques pour quelques euros. Nous n’en sommes malheureusement pas encore arrivé là pour le marché culturel.

Quelles solutions pour endiguer le fléau des méchants vilains pas beaux downloaders ?
Ne soyons pas défaitistes, des solutions existent déjà, citons dans le désordre, Ulu, Netflix et Spotify, certainement les meilleures offres présentes sur le marché légal de la culture. Mais elles ont leur défaut de jeunesse. Prenons l’exemple de Spotify, qui m’est plus facile de traiter car européen.
Première lacune, le catalogue, Spotify fait tout son possible pour avoir le catalogue le plus large possible mais certains artistes et certaines majors s’opposent à publier leur catalogue, chose qui m’est absolument incompréhensible, car ceci n’a que des défauts, ceux qui sont sur l’offre gratuite iront écouter ces musiques gratuitement de manière illégale, et les abonnés payants sont lésés cars ils paient et n’ont pas le contenu. Car internet apporte un fait avéré, TOUT est disponible gratuitement, donc donner sa musique à Spotify ou ses concurrent permet faire naitre un côté légal à toute ces offres gratuites. Comparé au modèle illégal, on garde de la publicité mais l’éventualité avoir toute la musique que l’on souhaite, gratuitement, légalement, à n’importe quel moment au même endroit peu faire accepter la publicité.
L’autre défaut sont les frontières, Spotify est un modèle légal qui a longtemps été indisponible aux USA (le temps d’établir les accords nécessaires) pendant ce temps, toute la musique était disponible illégalement.
Donc là le constat est simple la seule solution viable à mon sens et que TOUS les acteurs de la culture, cinéma, livre, série, musique, jeux vidéos, se mettent autour d’une table ronde, et nous proposent enfin une offre légale digne de ce nom, avec une bonne qualité technique, des accès illimités, pas de limitation géographique, ni limitation de support. Le tout ne devant à mon avis pas dépasser les 50€ par mois. Cela est parfaitement compatible avec le marché physique qui apporte une certaine qualité technique supplémentaire. Me concernant j’achète toujours des CD même si je suis abonné à Spotify. Passer sur un tel modèle implique de lourds investissements, mais qui peut être rentable à long terme, mais cet argent existe, il passe dans le lobbying qui nous donne le DMCA, SOPA, PIPA, ACTA, HADOPI, et j’en passe et des meilleures. Tant qu’une telle offre n’existe pas le téléchargement illégal perdurera et prospèrera.

Conclusion : 
Vous l’aurez compris, j’ai un vœu pieux. Pour moi il ne faut pas pénaliser le téléchargement illégal qui à la noble époque du p2p ne représentait qu’un formidable partage de culture comme il n’avait jamais été fait jusqu’à lors. Plutôt que de vivre dans le 21ème siècle, les ayant-droits et leurs représentants s’obstinent à persévérer dans un bras de fer qui les oppose à leurs clients. Bien-sur il y a des histoires d’argent derrière tout-ça d’où l’importance du rôle politique dans cette affaire. En effet le politique doit représenter l’intérêt commun. Au lieu de ça le politique cède aux lobbys.
Je suis vraiment attristés de voir ce bras de fer continuel entre producteur et consommateur, bien sûr, on peut augmenter la répression et forcer les gens à payer au maximum mais la solution que je propose me semble plus acceptable et logique.
Je prends clairement parti dans ce débat mais je suis vraiment exaspéré de la stigmatisation des personnes qui téléchargent illégalement. Ceci dure depuis les débuts d’internet, j’aurais pu détailler les batailles qui ont entravé à la naissance de l’iTunes Store, (ancêtre dans le domaine du téléchargement légal) mais je suppose que vous avez suffisamment à lire 😉

5 réflexions au sujet de « Dossier : La culture au 3ème millénaire »

  1. Très bon billet et bien construit.
    Je partage l’ensemble du propos et la conclusion. J’apporte toutefois quelques nuances.
    Oui, l’industrie de distribution/production (musique, films, jeux vidéos, etc) rêve d’un modèle d’il y a 20 ans de surconsommation. C’est terminé.
    Mais le large partage à l’ère du numérique a fait oublier à une part de population (plutôt jeune) que l’art et les produits culturels ont un coût.
    Je me remémore une conversation entre Erwan Cario et Davy Mourier ou Davy racontait sa recherche de modèle alternatif de paiement à la diffusion de Nerdz je crois.
    Son public disant « si je l’ai acheté j’ai le droit de le mettre sur Youtube ».
    C’est en ça ou il faut continuer à avoir une législation ceux qui s’enrichissent avec des oeuvres qui ne sont pas les leurs.
    Et trouver un nouveau modèle économique pour que les artistes puissent vivre de leurs créations.
    Pour terminer j’évoquerai Hollande qui me semble le plus malin sur le numérique et il souhaite réunir TOUS les acteurs pour envisager une vraie réflexion.

    • Concernant mon offre à 50€ par mois, elle n’a pour moi pas pour but de remplacer toutes les offres légales d’aujourd’hui, je vois plutôt comme un standard du légal, qui permettrait à tout à chacun d’accéder à du contenu comme il le souhaite sans avoir à se poser la question du légal ou non, Je veux voir le dernier film de Michael Bay mais il n’est plus au cinoche et le B-R est pas sorti, ou j’hésite à acheter le B-R, ben je vais le voir sur ma mégaplateformelégalequidéchire et après si j’aime je peux acheter le bluray, qui sera 4K 3D odorama avec plein de bonus et tout et tout. Le but de ma proposition est de remplacer l’offre illégale par quelque chose de légal et séduisant pas de tuer l’offre actuelle.

      Quant-à François Hollande j’ai lu sa tribune, et c’est toujours autant de brassage de vent comme depuis le début le concernant vis à vis de la culture et d’Hadopi. Mentionner et se féliciter de quelque chose comme la redevance copie privée me dérange quelque peu. De plus moi dans sa tribune je comprends « Réunir tous les acteurs » au sens de touts les représentants du marché de la culture et je ne m’y vois pas inclus (le futur me donnera peut-être raison) Je t’encourage vivement à lire ce papier d’Owni http://owni.fr/2012/03/02/culture-hollandaise/ qui permet de mettre un peu de distance entre les propos de Hollande et ses volontés profondes

      • J’avais bien saisi ton propos et on est d’accord.

        Pour Hollande, pas de problèmes. Je ne suis pas favorable non plus à la dépénalisation des échanges de fichiers culturels. Et je ne sais pas si la licence globale est la solution. Dans quelle mesure peut on rémunérer des auteurs de cette manière ?
        Et je ne suis pas choqué à l’idée de continuer à défendre le droit d’auteur. Le tout gratuit n’est pas pour moi la solution. Le problème ce sont les majors, les distributeurs, les maisons disques, pas les auteurs ou les créateurs. Nous ne devons notre vitalité du cinéma français qu’au CNC (qui pourtant est plein de défaut !)

        Bref, je continue à être d’accord avec toi et à penser que Hollande ne peut amener une avancé dans le domaine mais il convient comme toujours de suivre avec attention ce qui se fait et à réagir quelque soit le président en place ! Bon s’il pouvait faire plus d’1m70 ce serait bien :)

  2. Hollande reprend le discours des lobbys, donc pour le problème du modèle des majors on repassera. Après je suis pas spécialement favorable à une licence globale, en tout cas pas au sens impôt de la chose.
    Pour moi le modèle à suivre est celui de Spotify, il faut l’étendre aux autres contenus. Spotify ne m’empêche pas d’acheter des disque je l’ai dit. Cependant ce modèle restera bancal tant que les artistes toucheront aussi peu sur le prix de vente, sans parler de l’arnaque des sociétés de perceptions de droits d’auteurs, une vrai mafia.

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